Paris et ses cinémas de quartier disparus. Par J.RICHARD

Paris « ville Lumière » qui a vu la naissance du cinématographe avec la première projection publique dans les sous-sols du Grand Café le 28 Décembre 1895 organisée par les Frères Lumière, qui comme l’a dit Godard « avaient la même bobine, et la chance de ne pas s’être appelés Abat-jour »… est devenu rapidement la Capitale du cinéma avec 347 salles en 1955, mais qui n’en compte plus à ce jour, en 2012, que 79. Paris a donc perdu en 57 années : 268 salles !

Ces salles de quartier permettaient aux parisiens de découvrir les films près de chez eux, et aux cinéastes de trouver facilement une combinaison de sortie de leurs oeuvres, petite ou grande, mais toujours possible sur un délai d’exploitation honorable, à travers une première, seconde ou troisième « exclusivité », à des tarifs dégressifs à la portée de toutes les bourses.

Ces salles de cinéma, à l’architecture personnalisée, offraient le sentiment « d’aller au spectacle » dans un cadre souvent « magique », en tout cas avec la solennité qui sied à un spectacle cinématographique original, sur grand écran, occasion d’une « sortie seul ou en famille », donc un évènement, bien loin du petit écran de téléviseur ou d’ordinateur, qui fit dire encore à Godard (toujours lui), qu' »au cinéma on lève les yeux, et qu’avec la télévision, on baisse la tête ».

Aujourd’hui les multiplexes impliquent une relation toute autre aux oeuvres, on choisit un film, comme un big mac en regardant des panneaux lumineux, un film en vaut un autre, comme les filles en cabines de Peep-show, et le système des cartes d’abonnement transforment les spectateurs en consommateurs, les oeuvres en produits de consommation.

Les salles modernes et confortables n’ont plus rien de « magique », ni de « solennel », les blocs de verre et de béton sont sans âme et se ressemblent toutes, le spectateur est prié de quitter la salle par une sortie dérobée à la fin de la séance, et il n’est en général pas possible de rentrer voir le film après les cinq premières minutes de projection. Fini le temps où l’on pouvait rester à la deuxième séance, pour revoir le début du film après le mot « fin ». Les ouvreuses n’éclairent plus leurs jambes avec leur lampe électrique, et les projectionnistes ne sont pas toujours derrière leur projecteur pour rectifier un cadrage, affiner une mise au point.

« La nostalgie n’est plus ce qu’elle était », et cet album de photos de ces salles disparues, « massacrées », qui donne à voir ce qu’elles sont devenues, Franprix, Picard, Darty ou Célio, constitue, outre une « alerte » ou une « prise de conscience », peut-être une promesse pour les salles de demain, qui auraient peut-être intérêt à redevenir les Temples qu’elles avaient su être, pour redonner naissance, sinon au « culte du cinéma », en tout cas à la carrière excitante de nouveaux « films cultes », tant les lieux de projections, quand on s’y sent bien, favorisent un rapport intime entre les oeuvres et leurs découvreurs, que sont les spectateurs quand ils sont honorés, à la hauteur de ce qui reste le 7ème Art.

Jacques Richard

ALBUM PHOTO    *  PARIS ET SES SALLES DE CINÉMA DISPARUES

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Une réponse à “Paris et ses cinémas de quartier disparus. Par J.RICHARD

  1. Quel bel arrêt sur image : à SOS Paris nous avons essayé de défendre entre autres le cinéma Louxor qui aujourd’hui est restauré (pas aussi bien que nous l’aurions espéré puisque nous n’avons pu empêcher une reconstitution pastiche des intérieurs). Nous espérons comme vous un meilleur avenir que devanture de Franprix pour ces bâtiments d’exception…
    Il existe encore quelques cinémas de quartier où cette relation d’intimité peut encore exister… En banlieue: par exemple à Arcueil où j’ai émigré après avoir vécu dans le 14e, le cinéma d’art et d’essai Jean Vilar est une jolie salle en pierre apparente, un modeste mais charmant temple du cinéma et du spectacle, vivant, on y accède par un cheminement entouré de petites villas de province. J’adore cet endroit et cette promenade jusqu’à ce lieu ouvert et offert à la vie de la cité et aux découvertes d’artistes.

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