Maraval Gate. Par F.GASTAUD

Le débat est lancé et tant mieux. 

Le système du cinéma français, sans doute l’un des meilleurs du monde, le plus vertueux et mutualiste, se doit d’être en permanence réinventé, critiqué, pour pouvoir le rester.
Une de ses forces réside justement dans le fait qu’il est pensé par les professionnels eux-mêmes, et qu’à travers des équilibres improbables, mêlant les intelligences des cinéastes, des producteurs, des distributeurs, des grands, des petits, des méchants, des gentils, des TF1, des CANAL+, ils sont toujours parvenus à inventer une forme de régulation dont beaucoup d’industries pourraient nous envier ses conséquences sur la performance économique et la qualité artistique. 

Alors, quand cela commence à se gripper, il est heureux que certains courageux prennent leur plume pour le dénoncer. Ça fait 60 ans que ça marche comme ça.

De quoi avons-nous peur aujourd’hui? D’un contexte politique hostile à la culture et au cinéma pour oser la réforme… peut-être. 

Dans tous les cas, je ne comprends pas les critiques contre un texte qui dit simplement: « notre système est le meilleur, préservons le de quelques abus néfastes à tous ».

Parce qu’il est de notre responsabilité de dire que quand « Rien à déclarer » -à 36 millions d’euros- dépense les 3/4 de son budget en Belgique, c’est une atteinte à l’intégrité de notre système. Rien à déclarer.

Il est peut-être temps que l’on se remette autour d’une table. Réajuster quelques critères, redéfinir quelques règles. Pas très compliqué d’ailleurs. 5 à 10 personnes, une feuille, un papier, un ipad pour montrer que l’on est dans la réforme, 48h (les fin d’année sont propices à l’espoir), et ça devrait pouvoir se faire.

Alors évidemment, le moment est périlleux. Les détracteurs du cinéma français sont bizarrement nombreux en ce moment. La réussite de « The Artist » et d’ « Intouchables », au lieu de laisser place à la fierté, a engendré quelques aigreurs et quelques fantasmes malheureux. Incompréhensible.
Au Parlement français, nombreux sont les députés qui veulent la peau du cinéma, par manque de connaissance de sa fabrication, par idées préconçues, et peut-être parce qu’ils ne mesurent plus la place si singulière du cinéma dans nos sociétés. 

Espérons que ceux-là n’auront pas la bêtise d’utiliser de manière pernicieuse les propos de Vincent Maraval, pour détricoter notre système. Espérons surtout qu’ils auront l’intelligence de les comprendre.

Même si je suis sûre que notre Ministre de la Culture et notre Président de la République, sauront les convaincre de participer avec nous à rendre encore plus perfectible une politique intelligente et efficace, qui fait du bien à tout le monde.

Parce que nous aurons toujours besoin des Audiard et Schoeller, des Garrel et Donzelli, des Kervern et Delépine, des Assayas et Dahan, des Beauvois et Dupieux, des Delpy et Mazuy, des Brizé et Jacquot, des chabat et Tirard. 

En tout cas, moi, oui (je cite volontairement que les non-membres de L’ARP…pour les inviter à le devenir …et pour ne pas à avoir à en citer 220!)

 

Florence Gastaud

Déléguée Générale de L’ARP

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7 réponses à “Maraval Gate. Par F.GASTAUD

  1. Happy few ?

    Le texte de V Maraval, pèche par trop d’arguments et l’on a du mal à voir quels objectifs il poursuit. Dénoncer un système de « happy few » ? Contester le star system ? Déréguler (obligations des TV) ou sur réguler (plafond des rémunérations) ? Il n’est de plus pas très clair sur ce que devrait être la « vraie » valeur d’une star, celle d’un marché administré (par qui ?) ou celle d’un marché libre (vrai marché ?)
    Contestant dans l’imprécision (sur quel cycle un film s’amortit-il vraiment, quid des films nativement sur-financés ?) Il gagnera à être commenté point par point par les « professionnels de la profession ».

  2. Merci pour votre message courageux lui aussi. La défense est facile et déjà utilisée depuis ce nombreuses années par la commission copie privée, système préhistorique et déficient de taxe disproportionnée en France.

    Cette commission a pour habitude de répondre que ceux qui cherchent a comprendre ou a le rendre plus juste n aiment pas la création. Cette défense s appelle le point Rogard… Bon courage pour le cinéma maintenant et place aux acteurs un peu moins starifies, qui eux, ne se défis ça lisent pas encore 😉

  3. Pingback: Paysage cinématographique après le "Maraval-gate" | Le Monde | Actualités des Journaux·

  4. Je suis d’accord avec Florence qui exprime très justement la pertinence de l’article d’origine.
    La critique est nécessaire ! L’exception culturelle francaise pour expliquer loctroi de subventions: c’est une bonne chose. Maintenant, il faut arrêter de faire croire que la présence d’une star française au générique d’un film est de nature à en garantir sa qualité. Sa rentabilité peut être, son intérêt pour l’art, certainement pas.
    Le cinéma doit continuer à nous faire rêver , continuer à prendre des risques.
    Nous avons la chance d’avoir un cinéma qui s’exporte. Ne le cachons pas mais continuons à preserver une des caracteristiques de la France quitte à taper sur quelques uns qui ont tendance à oublier d’où ils viennent, cachés derrière leur gros ventre.

  5. Lorsqu’un film français dépense de l’argent en Belgique, c’est parce qu’il BENEFICIE du système de tax-shelter ! Chaque pays propose des solutions et il serait peut-être temps qu’ici comme ailleurs, l’Europe harmonise les systèmes !!!

  6. Pingback: Cinews | Au fait, comment on finance un film ?·

  7. Je regarde sur Public sénat la table ronde concernant l’économie du film français, et je suis étonné à plus d’un titre. Le fil conducteur est le salaire élevé des acteurs, et pourtant aucun acteur n’est invité. Il y a un producteur, un réalisateur, et un représentant de diffuseur, et au bout de quelques minutes, tout le monde va dans le même sens :
    – inflation de films, problème de salles. il faut réguler.
    Argument de Langmann : trop de pression sur les distributeurs et la programmation, car trop de films. mais il rajoute : nous avons repassé the artist, avant les oscars et nous avons pu doubler nos chiffres d’entrée. En quoi lui a le droit de diffuser une deuxième fois, et d’autres n’ont pas le droit de diffuser une première fois ? parce qu’il a fait un succès ? Justement, il a gagné ENORMEMENT d’argent avec the Artist, et il ne parle pas des subventions qu’il a eu, des bénéfices générés à l’étranger. Il reste mesquin, à parler de rediffuser son film pour boucler le budget initial.
    La question que pose Hasanavisius : qui sera le grand maitre de l’eugénisme des films ? de quel droit votre film a le droit d’exister, et pas celui d’un autre.
    Ils ont défendu leur gamelle personnelle, sous prétexte qu’ils ont fait un succès. Donc ils ont le droit de repasser dans les salles pourtant surbookées, ils ont le droit d’exister, d’obtenir des aides. Et les autres ? faut réguler, trop de films sortent, faut réduire.
    Quand est-ce qu’on parlera des bénéfices et des salaires des producteurs ??????? Ou alors c’est tabou ??

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